L'ancien chemin vers la rivière : Sur la piste d'une relique naturelle
Les chemins oubliés.
Une danse entre l'homme, la nature, l'eau et les pierres...
Près du Mezio, il existe un petit territoire magnifique et oublié, entre les villages et traversé par la rivière Azérè, c'est un endroit isolé, cultivé depuis des siècles par les hommes mais qui redevient sauvage.La forêt du Mezio, profite de la rivière, pour étendre son territoire ici.
Dans cette région, la plupart des villages sont situés autour de la route principale entre Arcos de Valdevez et Soajo.
Pas ceux proches du Mezio, ils font parties des plus hauts et isolés de cette région, il faut emprunter une route secondaire pour les rejoindre.
Ils sont également parmi les plus touchés par l'exode des populations vers les grandes villes et l'étranger. Ils meurent petit à petit, mais dans le monde d'aujourd'hui, ils deviennent des petits trésors.
Ils sont situés, surtout Vilela de Lages, sur un flanc parfaitement exposé au soleil. Les collines granitiques regorgent d'eau, l'eau de la montagne et des plus hautes collines ruisselle entre les villages. La nature est très avantagée.
Le vieux chemin vers la rivière.
Dans le village de Vilela de Lages, pour la rejoindre il existe plusieurs chemins, celui-ci passe par le bas du village et permet de découvrir un endroit hors du temps.
Cette promenade, fin octobre, est limitée par la nature qui impose ses règles dans la région.
Il pleut beaucoup depuis quelques jours.
Tous les chemins autour des villages possèdent des petits murets, c'est principalement pour guider le bétail et l’empêcher d'aller dans les champs, ici il est fréquent de voir des vaches rentrer seules le soir vers l’abri pour la nuit.Quand il pleut beaucoup, très souvent dans la région, les chemins servent alors littéralement de canalisations, ils protègent ainsi les champs en terrasses des inondations.
Les chemins deviennent dangereux, parfait pour une magnifique bosse sur la tête, si vous avez de la chance. Il est stupide de les emprunter et cela va donc limiter ma promenade car la plupart des chemins sont inondés.
Ici les mystères sont nombreux mais pour commencer nous allons partir à la recherche d'une relique naturelle.
Le laurier du Portugal.
C'est un arbuste idéal pour être taillé et donc facile à trouver. Mais son habitat naturel est très réduit, il est donc protégé. Car il vient d'une autre époque, quand le climat en Europe était subtropical, il y a des millions d'années.
Avec l'homme, pendant la dernière période glaciaire, il va survivre plus de 100 000 dans la péninsule ibérique, considérée comme un refuge.
Il est possible de faire un pigment vert avec, idéal pour les pierres gravées qui étaient peintes à l'époque.
De plus son écorce et ses feuilles peuvent servir de remède très léger ou de poison. Ne pas manger son fruit même s'il est comestible.« peut stimuler la respiration, améliorer la digestion et procurer un certain bien-être. Mais trop, il peut provoquer un arrêt respiratoire et la mort. » (source : 100milarvores.pt).
La rivière Azérè est le parfait habitat pour cet arbuste, elle coche toutes les cases.
Le laurier du Portugal est également appelé l'Azereiro.
Rejoindre la rivière par le bas de Vilela de Lages, c'est comprendre l'importance de la pierre, l'influence de l'eau et les effets de l'abandon progressif.Cela pourrait être triste mais le résultat est superbe.
La nature ici est particulièrement vorace, en quelques années elle peut transformer une bergerie en ruine antique.
Aller vers la rivière, c'est longer le village par un ancien chemin qui témoigne du retour de la nature, puis passer par des champs en terrasses et emprunter un petit chemin qui traverse une partie boisée.
Avant de rejoindre le chemin principal et son petit pont qui mène vers Bostelinhos.
Un petit cairn utilisé par un homme en train de défricher la zone, je trouve le rocher dessous beaucoup plus intéressant.
Un très vieux chemin qui longe la rivière, inondé fin octobre.
Un aperçu de la rivière, avant une vraie découverte durant les beaux jours. Aujourd'hui elle est sauvage, rassurante car très basse en été. C'est également un bon aperçu de l'abondance générée par la rivière.
Le pont n'est pas spécialement ancien mais il est peut être le témoin d'un rituel assez particulier.
Aujourd'hui c'est devenu une sorte de légende qui présente ce rituel comme une pratique très ancienne, dans certaines zones montagneuses.
Le baptême de minuit.
Malgré son nom c'est un rituel catholique inoffensif, la mère et le nouveau né doivent rester au milieu d'un pont, en pleine nuit, jusqu'à l'arrivée d'un voyageur qui acceptera d'être le parrain. Le pont est gardé des deux cotés car si un animal le traverse, le rituel doit être annulé.Une fois le parrain arrivé, ils doivent, avec la mère réciter une courte prière. Le nom de l'enfant ne doit pas être prononcé, c'est le prêtre, durant le vrai baptême, qui doit le faire.
Plusieurs variations de cette légende sont disponibles sur le site lendarium.org, excellent site qui recense les légendes portugaises, avec un focus sur celles recueillies auprès de la population locale.
Ce qui est amusant avec ce genre de légende, rituel, c'est que finalement, c'est un guide très précis si on veut faire l'inverse, en nous expliquant clairement ce qu'il ne faut pas faire.
Dans cette région d'autres indices indiquent la présence d'une déesse liée à la nuit, la fertilité et les rivières.
Une déesse primordiale, avec un compagnon lié au soleil.
Quelques pierres près de la rivière, exemple de réutilisation récente, par exemple une pierre en trop (j’espère) du pont. Plus loin, une autre pierre nous montre un début de taille en plusieurs blocs.
Le phénomène de réutilisation des anciennes pierres, dans une région mégalithique, donne un résultat très troublant de nos jours ici.
Après le pont, l'endroit devient plus sauvage, la rivière proche, source d'abondance oblige l'homme à lutter en permanence pour contrôler l'endroit. Il a abandonné.
Les champs en terrasses, qui étaient partout, sont invisibles désormais. Même certains chemins de pierres deviennent presque végétaux.
L'endroit devient magique puis mystérieux quand une branda abandonnée apparaît entre les arbres, près d'un petit chemin.
C'est une pierre plus haute que moi qui signale qu'on est proche. L'endroit est assez impressionnant seul, presque intimidant. Je précise qu'une photo donne l'impression de montrer une sorte d'autel, la vue est trompeuse et c'est bien une porte
Une branda est une bergerie ou un petit abris pour le bétail, souvent plusieurs petits abris regroupés. Dans la région, elles ne sont pas que dans les villages, mais un peu partout dans les collines et montagnes. Progressivement abandonnés, celles proche des villages sont encore utilisés.
Pendant longtemps les brandas isolés vont servir d'abris temporaire, en cas de mauvais temps fréquent ou lors de la présence de loups.
Aujourd'hui rattrapées par la nature elles surgissent entre les arbres, en ruines. Vu le style de toit, les plus anciennes sont arrondis, celle ci semble assez récente, certaines dans les montagnes probablement bien plus anciennes.
C'est en visionnant l'image ci-dessous plus tard que j'ai remarqué la drôle de forme du « rocher » derrière le petit muret.
Un zoom raté vers la rivière, la nature ici est si belle que cela devient presque un tableau.
Les chemins vers la rivière sont inondés, ils mènent à une zone superbe de la région, qui sera découverte dans un prochain article.
Aujourd'hui on remonte vers les champs de Bostelinhos et les premières bergeries. Un endroit simple, beau et apaisant.
Avant, sur le chemin du retour, une vue sur une partie cultivée il y a seulement très longtemps, vers le bas de Vilela de Lages, avec des très vieux chemins, qui sera présentée plus tard :
Ce qui est fascinant, c'est qu'il s'agit d'un tout petit aperçu de cette zone, protégée aujourd'hui par la pluie et l'eau.
Et le laurier du Portugal ? Il est bien présent sur une des images de cet article, le prochain article sur cette série, aura lieu en mai, en pleine période de floraison, avec une visite au cœur de la rivière et lui sera consacrée.
Un autre article sera consacré à un autre chemin vers la rivière, bien plus ancien, probablement repris par la nature pour sa partie la plus éloignée du village. Le résultat doit être splendide aujourd'hui.
En attendant :
Une visite de la colline proche du village et des pierres mystérieuses...
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